lundi 26 septembre 2016

Se sentir grandie

J'ai hésité entre tant de titres pour ce billet :
" L'apprentissage de la vie"
"Vivre un incendie"
" Tout perdre"
" Tant de solidarité"
"Emue aux larmes"



Et finalement, j'opte pour ce titre là "Se sentir grandie"...un titre qui, finalement, regroupe toutes les idées (je vous l'avoue un peu confuses) qui trottent dans ma tête.



Vous êtes probablement au courant : le jeudi 15 septembre 2016, notre restaurant est ravagé par les flammes. Un drame. Une tragédie. C'est notre emploi à tout les deux qui part en fumée. Nos jobs, notre gagne-pain, et notre bébé...ce restaurant que nous avons monté à deux (ou plutôt à trois car Mini Loulou a beaucoup participé), ce restaurant qui nous fait vivre et qui est ce formidable carrefour de rencontres et d'expériences. Nous y vivons quasiment. C'est notre deuxième lieu de vie qui s'est enflammé ce jeudi, sous mes yeux, sans que je ne puisse intervenir.

En passant tout près du restaurant, en voiture, j'aperçois une fumée blanche qui s'échappe d'une gouttière. Le temps de me garer, la fumée se fait plus intense, plus épaisse... et c'est à ce moment là que je comprends. Il y a le feu à l'intérieur. La porte vitrée de la salle est totalement opaque. Elle a l'air de suer sous l'effet de la chaleur. Une dame vient me parler alors que je suis consternée devant la porte, elle m'empêche d'entrer et me tient à l'écart du restaurant en attendant les secours. Cette dame, c'est mon sauveur. Elle a évité que j'entre et a appelé les pompiers quelques minutes avant mon arrivée.

J'ai passé 2 heures devant la pizzeria sans pouvoir réaliser. Le va et vient des pompiers, de la police, de cette maman qui a récupéré mon fils, des passants et de ma mère. Mon mari était injoignable. 2 heures cauchemardesques pendant lesquelles personne ne vous dit quels sont les dégâts. Impossible d'avancer, impossible de comprendre. C'est terrible.

Je perdais, sous mes yeux, mon restaurant. Sans pouvoir intervenir.

J'ai mal. Mal de voir tout nos efforts ainsi anéantis. J'ai mal de voir mon restaurant brûlé, recouvert de suie... 

Les heures qui ont suivies furent "déboussolantes". Nous avons eu de nombreuses visites : des amis, la famille, nos anciens employés, notre employé actuel, nos clients, les commerçants alentour... Et la visite des pompiers et de la police qui effectuaient des rondes pour prévenir un éventuel nouveau départ de feu. Vous n'imaginez pas combien de bras se sont lovés autour moi. Même des personnes que je connais à peine.

Nous connaissions un drame, une tragédie ... nous étions sous le choc. J'étais abasourdie. Sans pouvoir réaliser que ça m'arrivait à moi, à nous.

Mais cette tragédie a fait naître d'autres émotions, plus positives. Nous vivons un véritable apprentissage de la solidarité. C'est incroyable! A tel point qu'il ne m'est pas possible de nommer tout le monde. La solidarité fut immédiate, sur place, avec des proches, des amis, notre famille et même certaines personnes que nous croisions chaque jour sans vraiment les connaitre. On nous a proposé de nous faire à manger le soir même, on nous a proposé des duvets (car nous devions surveiller la pizzeria toute la nuit), on nous a immédiatement prêté un hangar, un endroit pour garer les scooters de livraison...

Et puis s'en est suivi un post, sur les réseaux sociaux, un post rédigé par une dame que nous ne connaissons pas ... mais qui a tout de suite lancé l'idée de constituer une cagnotte pour nous aider. Cagnotte prise en charge par une de nos clientes, chez un commerçant voisin, un geste d'amitié que nous n'oublierons pas. De nombreuses personnes sur FB nous proposent leur aide, leurs bras, leur soutien.
Et quelques jours après l'incendie, ce sont 2 dames que je ne connaissais pas et une autre maman de l'école avec qui je suis amie qui sont venues prêter main forte pour le nettoyage.

Aujourd'hui, c'est Le Varois.com (pour qui j'écrivais) qui écrit un article sur ce que nous vivons et qui lance une cagnotte en ligne. De nombreuses personnes participent et nous aident financièrement...

Je suis émue aux larmes, et c'est dans cette épreuve que je découvre les personnes qui nous entourent. Le statut de commerçant n'est pas toujours simple à gérer, nous avons parfois l'impression d'être jalousés... ce qui nous rend parfois aigris et distants. Nous avons fait le choix d'être nos propres patrons, mais il n'est pas pour autant avéré que nous roulons sur l'or...loin de là. Et c'est (entre autre) ce drame qui nous fait toucher du doigt la difficulté d'être patron.
Nous n'aurions jamais cru voir autant de solidarité autour de nous. Cet élan de générosité efface notre aigreur, efface nos "à priori", nos "préjugés" et les "on dit" qui circulent parfois dans les villages. Ce soutien (plus qu'une aide financière incroyable) nous touche au plus profond de notre cœur, car nous nous sentons aimés. (-Je pense que c'est un sentiment que ressentent peu de commerçants-)

Aujourd'hui, même si nous sommes encore terrassés par l'incendie, même si nous crevons d'envie de reprendre le travail, car chaque jour passé est un jour qui nous éloigne de la fidélité de notre clientèle (normal!), nous sommes "heureux" d'avoir pu toucher du doigt cette solidarité hors norme.
C'est un apprentissage qui vient nous conforter dans notre métier, dans nos choix de vie et même au fin fond de nos êtres.

C'est rassurant. C'est presque avec euphorie que je me projette dans un monde qui finalement, n'est pas si égoïste. Je crois en l'être humain. Et je tiens à dire que l'amour, l'amitié, le soutien, les bras réconfortants sont venus de personnes qui, parfois, m'ont agréablement surpris.

Je pense à cette cliente, qui ne venait plus chez nous (elle avait ses raisons) mais qui a été touchée par notre famille.

Je pense à cet ami que nous ne voyons plus (faute de temps) depuis plusieurs années mais qui nous apporte son aide financière.

Je pense à cette dame, une cliente, qui m'a pris dans ses bras et qui m'a réchauffé le cœur par ses mots de soutien.évacuer le choc.

Je pense à mon amie qui me paye une séance de kinésiologie pour 

Je pense à vous, qui m'avez posté plus de 150 messages sur FB, comme des amis l'auraient fait.

Je pense à nos amis (en vrai) qui sont venus dès le lendemain, pour nous changer les idées.

Je pense à ces dames qui sont venues nettoyer tables et chaises dans le restaurant...une partie de fou-rire avec ces personnes qui n'ont pas peur de se salir.

Je pense à ce jeune homme, commerçant voisin, qui me prête ses bras dès que j'en ressens le besoin, alors que sa religion ne voit pas d'un bon œil les accolades homme-femme. Son soutien, son aide et ses mots réconfortants.

Je pense à toutes celles et ceux qui nous donnent spontanément de l'argent sur les cagnottes mises en place et qui nous aident beaucoup.

Je pense à ma famille qui nous a soutenu le soir du drame.

Je pense à cette maman que je connais qui m'aide aussi à pourchasser les mauvaises ondes.

Je pense à tous ces coups de fil, SMS et invitations pour ne pas nous laisser seuls face à nos angoisses.

Je pense à vos partages sur les réseaux sociaux.

Je pense au fondateur de LeVarois.com qui nous consacre un article et qui fait en sorte que la solidarité se perpétue sur les réseaux sociaux.

Je pense au groupe FB "Tu sais que tu es de La Garde" qui a multiplié les gestes de solidarité, un nombre impressionnant de commentaires  ... un soutien sans bornes.

Je pense aux commerçants Gardéens qui se sont démenés pour trouver une urne, mettre une cagnotte, et qui entretiennent le message auprès de leurs clients.

Je pense à notre "webmaster" qui nous montre combien il est formidable et précieux.

Je pense à nos amis qui nous soutiennent au quotidien. Qui prennent de nos nouvelles et qui nous prêtent leur épaule.

Je pense à nos frères qui étaient là quelques heures après le sinistre, et qui ont pris à coeur de nous réconforter.

Je pense à nos parents qui sont là. Qui sont nos piliers, qui nous aident à nous tenir droits et qui prennent en charge nos soucis main dans la main.

Et enfin je pense à Enzo, pas facile du haut de ses 8 ans, de découvrir la pizzeria en feu. Il a assuré, il rit, se porte bien et nous aide à relever nos têtes et à voir l'avenir. Sacré bonhomme !

  
Et j'oublie tant de monde ... mes idées sont encore confuses, je suis encore à côté de mes pompes et ne réalise pas encore ce que vous avez fait pour nous.

Merci.
Merci Mille Fois.
Merci Dix Mille Fois !




Nous sommes émus. Nous vivons un drame. Nous avons encore peine à réaliser. Nos journées sont lourdes à porter. Mais notre vie a pris un tournant inimaginable. Votre soutien, toute cette solidarité nous remplit le cœur de joie. Nous qui commencions à sérieusement douter quant à la bonté de l'être humain...

Nous aurions tant aimé pouvoir éviter de vivre cet incendie ... mais nous sommes conscients d'avoir cette "chance" de nous sentir grandis et nourris de vos gestes "humains" que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Certaines personnes cherchent une signification dans chaque évènement de leur vie. Je suis de ces personnes, et aujourd'hui j'entre-aperçois une leçon de vie qui m'ouvre les portes de la sérénité.  Croire en l'être humain, croire en soi, croire en nous et prendre conscience que nous sommes aimés est un don du ciel. Nos deux êtres sont revigorés par vos actes.

1 commentaire:

  1. ouah bravo quel courage. Je suis admirative. C'est nous qui devons vous remercier.

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